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Dark Night, A True Batman Story : L’histoire vraie d’une sombre nuit à L.A.

Je viens de terminer la lecture de « Dark Night », le dernier Paul Dini accompagné de Risso, et je dois dire qu’il m’a retourné le cerveau.

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Je m’attendais à une énième histoire du Batman.. Je ne m’étais pas du tout renseignée et la dernière que j’avais eu l’occasion de lire était si mauvaise que je n’accordais pas grand intérêt à celle-ci. J’ai même tardé à la prendre en lecture.

Mais voilà, Dark Night c’est l’histoire d’une sombre nuit, vingt-trois ans dans le passé, qui continue de hanter le quotidien de Paul Dini. Une histoire vraie qui concerne le Chevalier Noir mais aussi une grande partie de ses fans, puisque, personnellement, j’ai découvert Batman avec la série animée, scénarisée par Paul Dini et ils ne m’ont plus jamais quitté.fjshjbiq3r32sciexd3p

Dark Night est une autobiographie, ponctuée de héros de cartoons et de comics, un voyage dans l’esprit triste et apeuré de celui qui a vendu du rêve à tant de personnes durant tant d’années..

Pour faire cesser le suspense, je vais vous raconter cette nuit mais du coup, attention au spoil !

Cette nuit-là, Paul Dini, déçu et insulté par la fille qu’il convoitait à l’époque, décide de faire cavalier seul et de rentrer chez lui à pied. Mais on est à West L.A et les choses ne vont pas se passer si simplement: Deux voyous vont lui tomber dessus avec la ferme intention de le battre à mort.

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Alors qu’il est assailli de coups et d’insultes, Dini ne pense qu’à une chose : Ce qui est en train de lui arriver, il le mérite. Personne ne lui vient en aide alors qu’il est seul et ne peut pas riposter. Il ne tente même pas de crier, car c’est ce que ses agresseurs voudraient. Laissé pour mort, notre scénariste parvient à se traîner jusqu’à chez lui et prévient la police, qui n’attrapera jamais ses agresseurs.

Quelques « Batman t’aurait bien servi cette-nuit » fusent dans la voiture de police suivis de rires gras, et une haine du personnage vient animer la vie de Dini, laissé pour compte sur une pelouse sans personne pour l’aider, pas même le héros auquel il dédit sa propre vie.dkbtms4

Très vite s’en suit une remise en question de la légitimité du personnage et les idées de scénarios ne viennent plus si facilement, si bien qu’il choisit de s’intéresser à d’autres séries animées plus humoristiques et d’abandonner le Chevalier Noir.

A travers ce récit, on rencontre les personnes qui ont inspiré ou prêté leurs traits aux personnages que l’on aime tant : Poison Ivy, Harley Quinn, et l’on divague au coeur de la folie créatrice de Paul Dini, entre traumatisme et schizophrénie. Le Joker et Double Face lui parleront des cicatrices qui apparaîtront bientôt sur son visage, et il passera de nombreuses nuits au club de Cobblepot, le Pingouin, à noyer ses peurs et sa raison dans l’alcool. Un récit qui rappelle un peu « Qui veut la peau de Roger Rabbit », entre délire et réalité, toons et colère.

 

gzyhdzivwmt9kikwcibcDini mettra du temps à accepter ce qu’il lui est arrivé et à comprendre une fois pour toute qu’il fait rêver le monde grâce à son imaginaire depuis tant d’années.

Si cet ouvrage m’a tant touché c’est qu’il fait écho à mon histoire personnelle, habituée à penser comme le Batman en situation de crise et à me réconforter en suivant ses aventures avec un lait chaud !

Si j’en suis là aujourd’hui, si je suis libraire en bande-dessinées c’est que Batman a rythmée mon enfance, m’a fait lire mes premiers comics et a été l’un de mes modèles de courage et de raison face aux peurs. La preuve que l’on peut faire quelque chose de bien malgré les embûches. J’avais donc découvert Batman avec la série animée de 1992, avec Paul Dini au scénario et Bruce Timm aux dessins : La série qui a participé à redorer le blason du héros, qui avait mal survécu aux séries tv des années 80, un peu trop cheesy et sur jouées, pour ne pas dire dégradante. 48923158-cached

J’ai donc pris un malin plaisir à constater que celui qui m’a fait rêver enfant était en fait un type mal dans sa peau, un type qui se détestait et qui n’était pas heureux. Que ce type faisait rêver des milliers de personnes et que c’est encore le cas aujourd’hui. Que même si le Batman a été inventé en 1939 pas Bob Kane et Bill Finger, il avait fait rêver un gamin triste et seul qui a choisi de dédier une bonne partie de sa vie à perpétuer son histoire, à faire rêver tous les âges et à leur donner du courage en mêlant folie, humour, courage et raison dans ses scénarios, faisant de cette recette un incontournable.

Eduardo Risso accompagne très bien le récit de Dini dans un dessin à la fois réel et mêlé de cartoons qui change à chaque page. Il insuffle à l’histoire une temporalité à travers ses différents styles et c’est surtout très beau !

dark-night-dini-jokerLe comics se termine sur une ultime idée de scénario qu’eut Dini peu après son accident, incluant la totalité des méchants de son univers, Batman tente de survivre à une ultime attaque. Dans un parcours semé d’embûches, il se retrouve finalement entre la vie et la mort. Face à lui « Death » et le Sandman, de notre ami Neil Gaiman.

Sandman demande à sa petite soeur de ne pas prendre tout de suite la vie de celui qu’elle nomme « le tricheur » et, s’adressant à Batman, il lui dit que grâce à ses exploits et à ses combats, il a généré énormément de rêve dans l’esprit des enfants qu’il a sauvés. Il lui propose un marché : Rester en vie et continuer de susciter courage et inspiration, ou mourir, et trouver enfin le repos éternel. Si Batman s’éveille, il souffrira le martyre il le sait, mais il s’en remettra: Il choisit donc de vivre. 20701641-_sx540_

Malheureusement, cette histoire ne verra le jour. J’aurais pourtant tant aimé la lire ! Mais j’y comprends une chose: Il a fallu beaucoup de courage à Dini pour raconter cette histoire et pour l’accepter. Poussé par Kevin Smith, il a compris que cette histoire l’intéressait lui-même et qu’elle pouvait faire écho à certaines vies, peut être pour les inspirer et leur donner du courage. Et il a choisi, face à Death et au Sandman de se relever, et de continuer de raconter des histoires et de faire rêver les gens autour de lui.

 

tumblr_nqksqpolek1upfu3oo1_1280En ce qui me concerne, ça a fonctionné. J’ai écrit tant d’articles qui n’ont jamais vu le jour ces derniers mois : pétrifiée par la peur, persuadée que personne ne serait intéressé par ce que j’avais à dire. Pourtant, du haut de mes 125 abonnés, 40 intéressés haha, j’ai eu de bons retours de mes articles. Des propositions, des rencontres incroyables et surtout : j’ai convertis des copains à la lecture de BD et c’est ce que je cherchais en tout premier lieu. Aujourd’hui mon quotidien a changé, je suis entourée de libraires et de gens qui connaissent mieux la BD que moi, je ne me sens plus légitime.

Et pourtant c’est sur le modèle de Dini, et du Dark Knight que me revoilà.

Pour tous mes copains et mes copines Parisien(nes) Nantaise, tourangelles, ma copine au Cameroun, mon copain je ne sais pas où en Afrique du Sud, mes copains Bordelais, Lyonnais et je ne sais plus qui je ne sais plus où, à ceux à qui j’ai donné envie de lire et à qui je l’espère, je donnerai à nouveau envie de lire : Merci.

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L’horreur indescriptible du Black Hole de Charles Burns

Black Hole frappe fort. L’indescriptible Horreur dans laquelle Charles Burns nous plonge dans son roman est palpable, presque présente… Créant une ambiance brouillard autour de vous, si épaisse que vous ne parvenez pas à vous en sortir.

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On s’éveille dans les années 70, aux Etats-Unis. Une petite banlieue tranquille et pleine de ses secrets de quartier. On y suit une bande d’adolescents lycéens, qu’on dirait « normaux » à première vue. Au gré des fêtes et des amourettes, on découvre qu’une ombre plane sur la sécurité de cette ville : « La crève », comme ils disent. Une pandémie sexuellement transmissible qui cause des déformations physiques à ses sujets. Un sale fléau qui rappelle le SIDA.

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Au fil de son histoire dérangeante, sombre et macabre, on suivra les destins de tous ces gamins mutants reclus dans les bois à l’abri des regards et des agressions. Vivant en autarcie dans le mal-être et la honte. Mais aussi de ceux qui parviennent à masquer leurs « différences » sous leurs vêtements ou qui attrapent délibérément La Crève, par amour. Charles Burns s’attarde ici sur le destin de Keith & Chris. Un garçon et une fille qui fréquentent le même lycée et qui, parfois, échangent des regards. Keith est amoureux de Chris, mais elle ne s’intéresse pas du tout à lui.

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A partir de ce chassé-croisé amoureux ordinaire,  Burns nous plonge au coeur des troubles de l’adolescence, et de tout ce qui vient avec : les modifications corporelles et leurs angoisses, les sentiments exacerbés, l’impulsivité et bien sûr une tentation insatiable de transgresser l’interdit.

Dans un noir et blanc sinistre, Burns nous catapulte au coeur de ces bois et de nos pires cauchemars. Son trait rappelle particulièrement les comix dits de « l’underground » mais il lui est bien propre, détaillé et effrayant. Un classique du genre, rappelant le cinéma de David Lynch, que l’auteur a pris 10 années à réaliser ! (De 1995 à 2005)

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Cela fait bien trois ans que j’ai lu Black Hole, et mon souvenir de lecture est toujours frais comme un gardon dans mon esprit. La chair de poule et le nombre de fois où j’ai dû clore le livre, horrifiée par ce que je venais de voir, aussi. Pourtant, je faisais immédiatement un tour dans mon salon en me répétant « ohlala qu’est-ce que je viens de lire ? C’est affreux. » et m’asseyais à nouveau dans la minute pour en lire plus, assoiffée d’une explication et d’une suite aussi violente que ce que je venais de lire. Et Burns ne m’a jamais déçue. L’histoire tient la route tout le long, elle est si réelle qu’on est un de ces adolescent à cornes, ou à peau de serpent.

Le récit est addictif, brut, violent et un reflet bien réel des mentalités de notre société et de la leur, qui, en 40 ans, n’ont pas tant évolué. Bref, une nécessité dans votre collection et dans vos listes de lectures.

Burns pour sa part est né en 1955 à Washington. Il fait ses études d’art aux côtés de Matt Groening ( The Simpsons), et aurait, semble t-il, inspiré le personnage de Charles Montgomery Burns !

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Il croise ensuite le chemin d’Art Spiegelman (Eh oui.) et participe à la revue d’art indépendante Raw, créée et produite alors par Spiegelman lui-même et sa femme, Françoise Mouly. C’est alors qu’il s’intéressera à la bande dessinée. Hors Black Hole qui est édité en intégral VF chez Delcourt et qui a été moulte fois primé par les prix Harvey, Eisner et à Angoulême, il est aussi l’auteur d’une multitude de titres, tout aussi « creepy » et étranges. On retrouvera El Borbah, que je n’ai malheureusement pas lu, Big Baby, qui est aussi un sacré voyage dans les méandres de Burns, Fleur de peau, la trilogie Toxic, comprenant Toxic, la Ruche (The Hive) et Calavera qui sont tous édités chez Cornélius pour les VF, avec une première parution chez les Humanoïdes Associés pour El Borbah. On aura X’ed Out et Permagel qui ne sont pas encore parus en VF, et ont été édité respectivement chez Pantheon Books et United Dead Artists et sont tout aussi bon que le reste.

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Burns a de plus participé à un projet formidable, une sorte de cadavre exquis animé réunissant un tas d’auteurs de BD sur un film animé qui vous fout la chair de poule, nommé « Peurs du Noir » et que je vous conseille grandement de regarder. https://www.youtube.com/watch?v=EYB82nD2dY4

J’avais pour ma part, eu la chance de rencontrer Charles Burns lors d’une union entre cinéma et librairie BD, à Bordeaux, au Cinéma Utopia. On avait pu regarder son film préféré en projection spéciale : No country for Old Men, des frères Cohen. C’était génial. Puis on avait pu lui poser des questions et recevoir un exemplaire de Calavera signé, en avant-première. J’avais osé lever ma main moite et tremblante et crier en anglais à travers la salle « Quelle BD lisez-vous en ce moment ? » Il avait rigolé et avait répondu qu’il lisait un truc complètement cinglé et très drôle, nommé Megg Mogg & Owl, par Simon Hanselmann, et qu’il nous conseillait de le lire. C’est un chouette souvenir, et c’était une chouette opportunité. Ma petite main tremble toujours quand j’y pense, et je me suis empressée d’acheter ses lectures. C’est sûrement le prochain article que je vous écrirais d’ailleurs.

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En espérant que tout ça vous donne envie de retrouver les sensations de votre collection de Chair de Poule d’antan, je vous souhaite bien du plaisir, et beaucoup de terreur.

Ciao.

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Bone, l’épopée fantastique de Jeff Smith que j’emmènerai sur une île déserte.

Avant toute chose, je tiens à préciser qu’en trois années j’ai dû commencer non moins de cinq fois cet article, tant mon amour pour ce comic book est grand. Il a rendu mon existence à la fois si infime et si pleine de sens, que mon piètre choix de mots, quel qu’il soit, ne lui rendra jamais totalement justice, c’est pourquoi je n’ai jamais publié aucun article à son sujet. Aujourd’hui est un grand jour, je vous présente, en un petit pavé, l’histoire fantastique de ma Bible !

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Bone est un comic book auto édité par Jeff Smith, paru une première fois en 55 volumes d’une trentaine de pages chez Cartoon Books, entre 1991 et 2004. Il fut publié de nouveau à plusieurs reprises en 9 volumes, puis en un volume unique, mis en couleur par Steve Hamaker. Une première version Française comprenant 11 tomes, est publiée en noir et blanc aux éditions Delcourt (entre 1995 et 2005), puis une seconde fois en couleur sous forme de 7 tomes cette fois.

Pour ma part, je possède la One Volume Edition en VO, de chez Cartoon Books parue en 2004.. Avec 1332 pages au compteur. Ma Bible, donc.

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La Maison d’Edition Française a réussi à résumer, selon eux, l’épopée fantastique de 1300 pages une 3 lignes succinctes : « Fone Bone et ses cousins, Phoney Bone et Smiley Bone, s’enfuient de Boneville à la suite de plusieurs malversations de Phoney. Ils se retrouvent dans une vallée étrange peuplée d’humains, de rats-garous et de dragons. Leur arrivée va déclencher une guerre entre les forces du Mal et du Bien. »

Ok, donc avec ça, moi, Nexrux, je ne lis pas le comics. Surtout 1332 pages.

En verité, Bone, c’est bien plus que ça. En restant à bonne distance de l’histoire elle-même pour ne rien spoiler, je dirais que la série est centrée sur les trois cousins Bone, trois créatures Blanches, aux traits ronds et très simplistes, caricaturés. Ces trois cousins sont tout à fait différentiables les uns des autres par leurs vêtements, leurs personnalités et leurs attitudes.

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L’un, Phoncible P. dit « Phoney » Bone, portant un T-shirt noir avec en son centre une étoile, le plus âgé des cousins Bone, est un sale business man véreux. Son but indéniable durant tout le périple, sera de conquérir des terres, de se faire de l’argent sur le dos des autres, et de tromper et mentir. Cependant, ce dernier donnerait tout au monde pour protéger ses cousins.

Smiley Bone possède un caractère tout autre: Très grand, il porte en permanence un chapeau rond, un gilet sans manche et fume un gros cigar, le sourire aux lèvres. Il est l’idiotie et la gentillesse incarnée. Très maladroit il se fait souvent remarquer pour son incompétence mais aussi pour sa très grande clémence.

Le dernier cousin, Fone Bone est sans nul doute le plus important. Lorsque les trois cousins sont séparés, c’est son histoire que l’on suivra. Ce dernier possède un design des plus simple: Blanc et sans aucun signe distinctif. Il est un Monsieur Toutlemonde ! Il lit très souvent Moby Dick, qui est son livre préféré et est un héros au grand coeur et à la bienveillance incontestable.

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One Volume Edition, VO

Jeff Smith a su rendre ces trois personnages si drôles et attachants et que l’on a véritablement la sensation de voyager avec eux. Après s’être fait bannir de Boneville à cause de la campagne municipale de Phoney Bone qui a très mal tourné, nos trois personnages traversent un désert et se retrouvent séparés par une vague de criquets qui leur coupent la route. Leur voyage les poussera à rencontrer de nombreuses créatures tel que des Dragons, des Humains, ou encore des bébés Opossums ! Mais ils seront surtout pris en filature par une horde de Rat-Garous, mangeurs de quiche et bien décidés à les rapporter vivants à leur Seigneur qui les attendait.. S’en suivra en effet, une guerre entre le Bien et le Mal. Entre le Rêve, et la Réalité. (Mon explication est à peu près égale à 10% de l’Histoire)

 

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Une histoire si longue qu’on n’en vient jamais à bout et qu’on n’a jamais envie de la terminer. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé lorsque je l’ai lu. Je me souviens avoir dévoré la BD à l’époque, et lorsqu’il ne me restait que deux chapitres, je l’ai lâchement délaissée car je ne voulais pas la terminer. Bone a débarqué dans ma vie à une très sale époque. Il m’a fait traverser une forêt peuplée de créatures vivantes si attachantes et drôles, que j’y suis restée bloquée. A mi-chemin entre Le Seigneur des Anneaux de Tolkien et les dessins animés de Walt Disney, Jeff Smith a su créer un univers de fantasy mettant en scène des Dragons, des Rats-Garou, des humains, et des pouvoirs mystiques !

Cette longue aventure m’a tant fait rire, peur, pleurer, que j’ai vraiment du mal à trouver un meilleur récit d’aventure dans un comic book. Peut-être en connaissez-vous ?

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Pour le reste, que ce soit scénaristique ou graphique, le livre est magnifique. La version originale, entièrement réalisée en line art, au pinceau reste ma préférée. La version couleur infantilise un peu l’univers selon moi, qui n’est pas vraiment un univers que je conseillerai à un jeune enfant. Le décalage entre la simplicité des personnages principaux et le détail des personnages secondaire apporte une touche décalée à l’univers: on a la sensation de faire partie de la communauté /de la famille Bone, et l’on est totalement étranger aux autres personnages, et aux lieux que l’on traverse.

L’une des histoires qui m’aura le plus marqué, sera « The Story Of Mim« , parce que Mim est la Reine des Dragons qui a été transformée en pierre pour maintenir l’équilibre entre les Mondes, qu’elle est si belle et si bien racontée que j’y ai cru. Et aussi parce que Mim = <3.

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J’aime personnellement beaucoup le style de Jeff Smith, et je suis très admirative des bandes dessinées réalisées de A à Z par une seule et même personne. Les années qu’il a prises à écrire son histoire seront finalement récompensées par une vingtaine de prix entre 1994 et 2008: Eisner Awards, Micheluzzi Awards, Russ Manning Award, & Harvey Award (Je vous l’avais bien dit, que c’etait de la bone! ) J’ai vraiment été portée par l’histoire, du début à la fin, n’étant pourtant pas une grande fan de lecture d’aventure et plutôt novice dans la lecture de bande dessinée. On est à la fois bluffé, on rêve, on attend impatiemment d’avoir terminé une page pour pouvoir enfin avoir la suite sur la suivante, et on voyage, frissonnant de magie, de Pouvoir et de crainte. Cet énorme pavé m’a suivi partout, portant son bon kilo dans mon sac jusqu’aux après-midis à l’hôpital: vous dire comme j’en avais besoin !

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Deux jeux-vidéo ont été adaptés des deux premiers tomes, chez Telltale Games : Bone : Out from Boneville et The Great Cow Race, et sont disponible sur Steam pour la modique somme de 10 balles, si je ne dis pas de bêtises.. Si ça vous dit de tâter l’univers ou mieux, de jouer avec vos personnages préférés et d’évoluer dans leur Monde.. Go get it !

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Le livre achevé, quelques autres parutions mettant en scène les personnages de l’histoire ont été publiés, notamment Big Johnson Bone contre les Rats-Garous (scénario de Tom Sniegoski- 2000), qui raconte les célèbres aventures de l’ancêtre des Bones, qui combattit les Rats-Garous. Et Rose (Dessins de Charles Vess , 2000 US. 2003 VF ) qui raconte la jeunesse d’un des personnages les plus importants de l’histoire, la grand-mère de Thorn Harvestar.

Jeff Smith a aussi réalisé un Shazam : The Monster Society of Evil (2007) qui est au moins aussi bien que Bone et retrace une des aventures du Captain Marvel. Il s’est ensuite consacré à RASL (Cartoonbooks, Delcourt 2008 – 2012), que j’ai adoré aussi, dans un univers totalement différent : l’histoire abracadabrante d’un scientifique qui trouve le moyen, grâce aux théories de Tesla, de voyager entre les mondes et devient « art thief », un voleur de tableaux, contrebandier.

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Il est aussi l’auteur de Tüki, Save The Humans, qui est un webcomic que l’on peut trouver sur son site : Boneville.com mais qui n’a pas été traduit en français. Pour finir, il a annoncé il y a peu de temps qu’il se lançait dans un nouveau comicbook, intitulé « KODA« , et je ne vous cache pas que j’ai vraiment hâte d’en savoir plus.

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Pour finir, si vous avez besoin de voyager, de rire et de ne pas perdre votre temps, j’espère que vous l’aurez compris, la solution tient en 4 Lettres : BONE. J’espère vous avoir donné au moins autant envie de le lire que je ne lui porte d’amour.

 

I love your toes

They look like… Potatoes.

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In the Shadow of No Towers – A l’Ombre des Tours Mortes d’Art Spiegelman

J’ai vraiment eu du mal à trouver ce comic book en France ces dernières années, publié dans un format inhabituel, je ne le trouvais qu’en VO au prix fort. J’attendais donc le jour fameux où je pourrais me l’offrir, mais c’était sans compter sur la publication récente et inopinée de l’ouvrage chez Flammarion et à un prix abordable en plus ! Joie, bonheur. Je ne regrette en rien mon choix, et voici pourquoi :

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Cette réédition, au format 34,8 x 24,1 cm est une réponse directe aux attentats de Charlie Hebdo, aux menaces reçues par les caricaturistes danois en 2006 et à la censure qui, combinée à la peur, nuit à la liberté d’expression. Cette publication est un crayon levé vers le Ciel, comme on en a vu tant après les attentats. C’est selon moi la manière que Flammarion a de dire que l’on est toujours là, et qu’on n’a pas peur. Comme a voulu le dire Spiegelman de si nombreuses fois, pourtant privé de publication à ce sujet dans son propre pays.

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A l’ombre des Tours Mortes est donc bien évidemment un comic book à propos des tours du World Trade Center. On s’en souvient tous et on l’a tous vécu de manière différente. Personnellement j’avais 9 ans et je me souviens d’une fille de ma classe de CM1, le 11 Septembre 2001 qui disait « Vous avez vu l’avion qui est entré dans la tour là? », puis de mon frère qui change toutes les chaînes, et sur toutes les chaînes, la même image. Bien sur, n’étant qu’une gamine exilée dans un autre pays, je n’ai pas tout compris et ma vision, bien qu’inquiétée déjà à l’époque, ne peut être que plus douce et naïve que celle portée par les gens qui l’ont à proprement parlé, vécu. Depuis, on a eu nos attentats nous aussi, nos peurs et notre incompréhension. Nos poèmes sur la capitale, nos images choc, nos slogans et nos défilés, nos morts. C’est en partie pour cela que j’ai souhaité lire cette BD. Elle m’a bien retourné le cerveau. C’est tellement bien écrit, tellement bien imagé et retranscrit. On ressent toute la peine, la colère et la peur de l’auteur. Le fait qu’il ait choisi d’illustrer cette attaque et ses sentiments par le biais d’icônes du comic book américain prend tellement tout son sens lorsqu’on ferme le livre, que l’on comprend à quel point les Etats Unis sont tombés avec leurs tours ce jour-là.

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Art Spiegelman, qui nous avait raconté avec brio l’histoire de son père déporté en camps de concentration dans Maus (eh oui.), nous raconte ici sa journée de l’horreur et ses mois de psychose post apocalyptique dans une ambiance qu’il a réussi à rendre à la fois tragique et risible. Car oui, j’ai bien rigolé en lisant la BD, exactement comme pour Maus qui pourtant relate les rafles et la guerre. Je suis passée par tous les stades, j’ai chialé et me suis gaussé, j’ai eu peur et ai été révoltée, touchée. Mais plus que tout, j’ai été profondément marquée et ai la sensation d’être ressortie grandie de ces lectures grâce au regard et aux réflexions bienveillantes de l’auteur.

Tout au long du récit on en apprend donc à la fois très long sur le climat ambiant, pendant et après l’attaque. Mais aussi sur l’histoire du comic book, la peur qui rôde et la censure assurée par les maisons d’édition et les médias. La dégringolade des personnages, qui parsème la 4ème de couverture en dit long sur l’opinion de Spiegelman au sujet de son Amérique natale et de la vision qu’il a de cette époque et de son gouvernement.

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C’est un véritable petit puits d’informations et de faits, conséquence directe des nuits de traumatisme qu’il a passé à rechercher des réponses à ses questions. J’ai appris tant de choses en rapport avec la liberté d’expression et l’histoire du comic book que je vous recommande vivement la lecture de cet ouvrage.

La deuxième chose qui m’a particulièrement fait apprécier le livre, et dont j’ai tant parlé (carrément saoulé même) à mon entourage, c’est le texte de Nadja Spiegelman, fille d’Art Spiegelman et jeune écrivain, à propos des marches qui ont suivi les attentats. Le texte nommé « A perte de vue » relate la descente dans la rue de cette jeune femme qui a grandi aux Etats Unis et dont le regard extérieur, dû à une culture différente, a su choisir parfaitement les mots qu’il fallait pour toucher ma conscience et mon âme, plus que la violence des images avec lesquels les médias ont choisi de nous nourrir durant tous ces mois. J’ai été tellement touchée par la beauté et la pureté de son texte qu’en tournant la page pour lire la suite du livre, j’ai eu un moment de flottement, une 60 ème minute dans laquelle je me suis égarée et demandée « oulala, qu’est ce que je viens de lire ? » je me suis sentie à la fois très mal et très bien, comme si j’apprenais que tout ça venait d’arriver, mais que tout était pourtant dépassé. Comme si tout devenait réel, alors que tout l’est déjà. Je n’ai pas pu lire la suite du livre tout de suite, relisant certains passages comme en état de choc. Son texte est très bien écrit, et très bien détaillé, ce qui nous donne la sensation d’être là, avec elle, la petite bougie nous brûlant les mains au milieu de cette vague de gens indignés et tristes, cette vague qui s’étend à perte de vue.

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Je vous l’avais d’ailleurs dit sur Twitter, à quel point ce texte était bien, et Nadja avait répondu. Elle a dit qu’elle n’était même pas sûre que qui que ce soit ait lu son texte, et c’est donc maintenant que je vous invite à le faire. Malheureusement, je pense que le texte appartient à Flammarion, et qu’il n’a pas été publié en Anglais. C’est donc un joli bonus qui nous est offert par la maison d’édition, mais n’étant pas libre de droits, vous devrez vous procurer le livre tout entier, une bonne raison de plus de l’acheter (ou de le trouver en bibliothèque, d’ailleurs).

A la lecture du livre, on peut établir énormément de liens et de comparaisons entre les réactions aux attentats qui ont touché la France, et ceux qui ont touché les Etats Unis. La manière qu’ont eu les gens de vivre l’Après. La peur ambiante, les théories de conspirations etc. Mais Nadja Spiegelman écrit une phrase qui m’a beaucoup fait réfléchir, je cite :  »  » Qu’est-ce qu’on pense de tout ça à New York? » m’a demandé Maher. Je savais quelle réponse les Français voulaient entendre : l’Amérique est anéantie. L’Amérique vous respecte. Mais sur ma propre page Facebook, ça chauffait déjà entre mes amis américains. Charlie Hebdo était raciste. Boko Haram avait tué deux mille personnes ce weekend là et personne ne défilait pour ça. « Je pense que les gens font le parallèle avec le 11 Septembre » ai-je répondu, mais ça signifiait juste que c’était mon cas. »

Je ne sais pas de quelle manière vous avez vécu ces tragédies, et j’imagine que vous n’avez en rien envie de les revivre. Personnellement ce livre m’a offert un point de vue si différent que celui avec lequel on nous martèle à chaque occasion, qu’il m’a permis de lever mon crayon plus haut, et d’accroître ma tolérance et ma capacité de compréhension. Il m’a permis de comprendre des choses qui m’avaient échappées car j’étais trop jeune à l’époque, ou parce que les conversations que j’entendais étaient tout bonnement biaisées. Je vous recommande aussi, bien évidemment la lecture de Maus, à propos duquel j’hésite à écrire un article, d’ailleurs. (ça vous dirait ?). Et je vous invite à lire simplement tous les ouvrages d’Art Spiegelman, de Françoise Mouly et de Nadja Spiegelman, si vous voulez nourrir votre esprit de bienveillance et bonnes pensées.

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En attendant, merci pour votre lecture, et n’oubliez pas.. LIBERTÉ ! Bittersweet kisses.

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L’invitation au voyage, en 4 pavés dessinés, par Guy Delisle.

Ce mois-ci, j’ai choisi de lire les carnets de voyage de Guy Delisle. J’ai bien pris mon temps pour les lire et je me suis longuement posé la question de comment les chroniquer, dans quel ordre. Je les ai faites lire à des copains, connaisseurs ou non de BD, me suis renseignée auprès d’autres qui les ont lu de leur propre chef et j’ai fini par choisir de ne pas imposer d’ordre. J’ai pris des tas de notes au cours de mes lectures et je vais procéder de la manière suivante : Résumer au mieux toutes les chroniques en une unité simple et emplie de l’essence même de ses carnets de voyage ainsi que des informations recueillies à la lecture de ceux-ci. Mon but est de citer un minimum ce qui se passe dans les chroniques pour laisser à tous ceux qui souhaiteront le lire, le plaisir de voyager au coeur de ses aventures et en territoire inconnu.

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Chroniques de Jérusalem

Je les ai personnellement lues par ordre chronologique de parution, par ordre de voyage. Au niveau de la compréhension globale de la famille c’est plus simple, et on comprend les références aux autres voyages. Mais les chroniques ne sont pas vraiment liées entre-elles et l’ont peut tout à fait les lire séparément et choisir de n’en lire qu’une seule parmi les quatre.

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Pyongyang

Avant toute chose, qui est-il, ce mystérieux Guy Delisle et pourquoi devrions-nous lire ses chroniques ?

Delisle est animateur et auteur de Bande Dessinée, pour la fonction. Canadien pour la localisation. Il a bossé, par exemple, sur la série animé Papyrus qui peut-être comme pour moi, a mis des hiéroglyphes dans votre enfance. Lors de la parution de Shenzen en 2001 (c’était il y a 15 ans, mange ton coup de vieux), l’auteur nous apprend que les studios d’animation ayant quasiment tous été délocalisés en Chine pour des raisons de main d’oeuvre à moindre coût, il doit aller superviser le travail d’animateurs au plus prêt: c’est à dire dans leurs studios, en Chine.

Le voilà donc parti pour sa première expérience à Shenzen, en solitaire, armé de son atout le plus fiable : 1984 de George Orwell, ainsi que de toute sa paranoïa et de Big Brother évidemment. Et voici comment naîtront les chroniques. Dans un dessin crayonné, qui se modifiera à chaque parution, il nous explique ses périples toujours avec beaucoup d’humour. Delisle a cette capacité à nous faire rire dès la seconde page et sa technique graphique est telle, qu’avec l’aide de son fil de pensée, on se retrouve happé dans son voyage et dans son monde. C’est presque comme lire un gonzo ou un voyage commenté en direct. Clairement, on est dans sa tête avec lui, et c’est, en partie, ce qui fait qu’on ne peut pas décrocher de la lecture.

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Shenzen

 

Page après page, on vit l’ennuie, l’étonnement, la solitude, l’incompréhension de l’auteur, et on découvre souvent aussi stupéfait que lui, les coutumes du pays traité. Loin de nos quotidien d’européens, ces carnets sont des petit puits de savoir et une fenêtre ouverte sur le monde, dont on a tous un peu besoin, je pense. Bien calés que nous sommes dans notre canapé, à l’abris de tout.

Quand on a un peu bougé à l’extérieur des frontières, on se reconnait bien dans ses grosses galères. La barrière de la langue, les différentes cultures, les différentes politiques et bon sang, la Liberté. C’est en tout ça que les livres sont bons et drôles. Delisle vit les situations dans lesquelles on se retrouve toujours à un moment ou à un autre à l’étranger, surtout quand on part un peu à l’aveugle, pas très renseignés sur l’histoire de notre destination. Comme par exemple pour la nourriture. Bien souvent il teste des trucs. Des trucs avec des oeufs, des trucs avec des insectes. Dans ces moments-là je me suis véritablement sentie à sa place. Sa narration est telle que tu te dis « Allez, je me lance, juste un croque » et tu sens presque les pattes de la bestiole entre tes dents. Miom.

Les personnes qu’il croise quotidiennement sont des personnes que tu as la sensation de connaître au fil de l’histoire. Et le temps qu’il passe dans les aéroports à être soupçonné sont des heures que tu passes aussi avec lui, à te demander si tu vas avoir ton avion. On est presque haletant durant les lectures, stressés quand il passe les checkpoints à pied etc.. Il est vraiment bon, le con. Les chroniques sont pleines de croquis de ses visites touristiques mais aussi pleines de faits, et de rumeurs. Pleines de petites anecdotes et de pensées absurdes. Dans Pyongyang, il créé un petit jeu au sujet des habitants. « Retrouvez le quel d’entre-eux est contre le régime », comme sur les paquets de cornflakes, avec la réponse à l’envers juste en dessous. Il nous donne ensuite l’explication. On sent qu’il a appris à les repérer à force de les croiser et d’apprendre les us et coutumes du pays.

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Pyongyang

Guy Delisle est comme un enfant curieux, parfois rebelle, il teste des trucs dans chaque épisode. Comme cet extrait dans lequel il essaie de passer un baladeur radio, tout à fait illégal évidemment, pour échapper au filtre du gouvernement sur les informations retransmises… Je vous laisse découvrir par vous-même le résultat de son affront. Ou encore le fait que les habitants ne considèrent sa présence que lorsqu’il est en compagnie de son fils Louis, âgé de 3 ans. Ses nombreuses (et vaines) tentatives pour intégrer le club des Australiens dans lequel se trouve une piscine, un terrain de tennis et des enfants ( plus sympa que la chaleur écrasante de la maison, hein.) Ou encore son envie insatiable de passer devant la maison d’Aung san suu kyi, malgré la route fermée et gardée militairement.

Le teste que j’ai préféré restera celui de la Méditation, dans les chroniques birmanes. Plein de spiritualité et très apaisant, même juste à travers ses dessins.

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Pyongyang

 

Shenzen (2001, L’Association) a donc été sa première parution au niveau des carnets de voyage, dans un style crayonné et dans lequel on apprend beaucoup de choses sur l’animation et sur la Chine en général.

Deux ans plus tard (en 2003, suis un peu.) paraîtra Pyongyang aux editions L’Association, qui sera personnellement mon préféré. On rigole vraiment bien tout le long et Delisle se retrouve dans un inconfort sociétal tellement incroyable que l’humour en est décuplé. Cette dernière devait d’ailleurs être adapté en film d’animation par Gore Verbinski et Steve Conrad mais s’est vue annulée à cause du film The Interview et de toutes les menaces qui ont suivi la parution du film.

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Jérusalem

En 2007, Guy Delisle suivra sa femme en Birmanie pour une mission, car elle fait partie de Médecins sans Frontières. On pourra suivre tout ça dans les Chroniques Birmanes (Shampooing) , et en apprendre plus sur Aung san suu kyi, la fête de la pluie et le tabac à chiquer, tout en continuant de bien rigoler.

Pour finir (à priori) en 2012, il publiera Les Chroniques de Jérusalem. Accompagné alors de toute sa famille, Delisle nous expliquera les conflits avec beaucoup de simplicité et grâce à des cartes, on comprendra mieux l’état du pays. Le fait que sa femme fasse partie de Médecin Sans Frontières élargit le champ d’information, et lui ouvre des portes qu’il n’aurait pas pu franchir sans elle (que ce soit en Birmanie ou à Jérusalem). Delisle recevra aussi le Fauve d’Or au Festival d’Angoulême 2012 pour cet album, qui mérite que vous vous penchiez dessus.

Toutes les personnes à qui j’ai pu prêter le livre m’ont confirmé la qualité de l’ouvrage et même si on est pas toujours d’accord sur le quel doit remporter la palme du meilleur album, on s’accorde tous pour dire que Delisle est un génie, et que ses chroniques sont un must-read.

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Chroniques Birmanes

Si votre esprit ne peut quitter son canapé pour le moment, ces chroniques sont l’outil nécessaire à votre cerveau pour s’évader et se renseigner sur le monde qui nous entoure, autrement que par les médias et les « on dit ». Partez donc en pèlerinage, traversez les frontières ou allez fêter l’eau ailleurs que dans votre écran. Et puis, dès que vous le pouvez, partez tout court. Rendez-vous compte que le monde n’est pas que ce que vous voyez par la fenêtre. Aujourd’hui par exemple, c’est Holi, ou la fête des couleurs. Et ce n’est pas qu’une pub Nokia.

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Pour les petits curieux, il a aussi bossé sur plusieurs court-métrages d’animation, dont celui-ci avec Mickaël Dudok De Wit (coeur)

Coeur.

Publié dans Dessin

La difficile 43eme edition du festival d’Angoulême

Le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême 2016 s’est terminé il y a une semaine, et l’on peut dire que la dégringolade dans l’estime des visiteurs et auteurs semble interminable. Tant en France qu’à l’international.image

J’ai choisi (et j’ai mis le temps) d’écrire cet article pour rappeler les polémiques qui ont animé cette 43ème édition, mais aussi pour vous raconter mon petit périple là bas. La petite aventure.
J’avais déjà pu assister au Festival en 2014, et j’étais un peu plus gentille qu’aujourd’hui.
Voilà, pour ceux que ça intéresse, ce que j’en disais  : https://wordpress.com/post/nexrux.wordpress.com/308

Cette année, les principales expositions étaient sur Morris (le grand retour de Lucky Luke, par Mathieu Bonhomme) et Katsuhiro Otomo (Monsieur Akira, rien que ça)

En effet,  En Janvier 2015, Katsuhiro Otomo recevait le Grand Prix du Festival d’Angoulême (comme Bill Waterson avant lui, Art Spiegelman, ou encore Hugo Pratt), faisant de lui le premier japonais ayant reçu le prix. Il signe donc à son tour l’affiche du festival que voici :

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9ème Art +, la société qui se cache derrière l’événement, annonce alors la sélection officielle des bandes dessinées en lice pour le Fauve d’Or.

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Trente auteurs lauréats, trente bande dessinées/ comic books/ mangas, trente hommes. Pas une seule femme.
Outré par la sélection, Riad Sattouff (L’arabe du futur, les carnets d’Esther) décide d’annoncer publiquement, sur sa page Facebook, son retrait de la liste. Il déclare être content d’avoir été sélectionné mais préfère laisser sa place à une des femmes qui aura su influencer le monde de la BD ainsi que Sattouff lui même dans sa création, tel que Claire Bretécher (les frustrés, Aggripine) ou Alison Bechdel (Fun Home que j’ai chroniqué, remember ? ).

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L’arabe du futur

 

Il fut suivi de près par Charles Burns (Black Hole, Big Baby) & Daniel Clowes (Ghost World) qui se sont, eux aussi retirés de la course, dénonçant à leur tour un manque de parité total.
Malgré les protestations véhémentes des auteurs ainsi que des lecteurs sur l’Internet, l’organisation met trois jours à répondre et avance un vulgaire « Nous ne pouvons pas refaire l’histoire de la BD ». Selon eux, déso pas déso, la BD c’est un truc de mâle, aucune zoulette dans le biz. Mais quand même, 9ème art+, bons seigneurs, ajoutent 5 femmes (les grosses chanceuses) à la liste, conservant en leur sein les auteurs offensés par leur sexisme.
S’en suit alors une nouvelle vague d’offense. On murmure que les femmes sélectionnées ne seront vues que comme « repêchées ». Présentes pour les quotas.
Finalement, 3eme round, le festival retire la liste et laisse à tout le monde le choix libre de voter pour qui bon lui semble. Les bons gamins.

On m’avait offert un pass pour le festival. Je choisis donc, quand même (oui malgré tout ça oui), d’assister à la 43ème édition.

En 2013 j’avais pu bénéficier d’une promotion sur mon billet de train, grâce au partenariat entre la SNCF et le FIBD (l’acronyme des CONS). Cette année je me rends donc naïvement me direz-vous, à la gare, pour bénéficier de la promotion. C’est alors que j’apprends, non sans effroi, que leur accord ne tient plus. Ou alors si… Mais que dans le departement du festival. UTILE, pour les gens qui peuvent y aller en voiture.
Mais bref, tant pis, quand on a payé son pass 1 jour 16€ + 1€48 pour le faire imprimer (car oui, mon pote a payé 17€48 son pass 1jour qu’il n’a même pas acheté sur place.), on est bien prêts à payer je ne sais pas combien, en transport en commun, pour aller visiter le merveilleux et depaysant complexe balnéaire, sudiste qu’est la ville d’Angoulême, sous le beau Soleil grisant (lol) de Janvier. Je sens vos sens s’émoustiller.

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Katsuhiro Otomo

 

Donc oui, payer plein pot autant le festival que le train pour une réunion d’éditeurs, étouffants sous une tente et présents dans le seul but de vendre leurs bouquins, ça fait un petit peu mal au boule. D’autant qu’à la fnac, je peux trouver les mêmes livres (ok pas toujours) mais on ne paye pas l’entrée.

À bien y réfléchir, ce que j’aime dans ce festival c’est me retrouver au beau milieu des BD et entendre parler BD toute la journée. Rencontrer des gens qui aiment autant la BD que moi, aussi. Mais je pense que je peux largement me passer du FIBD pour le faire.
Alors oui, on pourrait avoir bonne conscience et penser qu’acheter le bouquin sur le stand de Delcourt par exemple, sera toujours meilleur pour la maison d’edition car aucune part du prix payé ne reviendra au magasin qui le vend, mais payer le bouquin le même prix sur place ou chez toi, sachant que sur place tu ressortiras sous la pluie battante et devras porter toute la journée sans jamais réellement pouvoir te reposer à un quelconque endroit.. Le calcul est vite fait.

On peut voir les ficelles bien tendues de leur odieux business au fur et à mesure que l’on se promène sur le site du FIBD.
Voici une question que je me pose. Comment peut-on prétendre avoir du respect pour la bande dessinée et avancer des propos tels que « La BD ne compte que très peu de femmes » ou encore tenir son festival, un festival de bouquins, sous la pluie. Ce sont des livres, bon sang.
Et le public n’est pas le seul pigeon de 9eme Art +. Les auteurs s’en plaignent aussi beaucoup.
J’avais pu rencontrer Boulet et Pénélope Bagieu en 2013 qui en avaient parlé. Ils signent et dessinent à tour de bras, sont mal payés et « le festival est une pompe à fric » où ils n’ont ni le choix ni l’envie d’être », un « nid à bactérie » aussi selon Sattouff. Celui-ci m’a bien fait rire. Le meilleur ami de l’homme là-bas, c’est le gel hydroalcoolique.

Les Hall d’exposition sont des petits bouillons de culture, aux deux sens du terme.
J’ai pu lire un commentaire sur Facebook qui disait :  « ça confirme l’image que j’ai de ce festival devenu une pompe à fric tenu par des crétins »… Ça retrace en quelques mots brefs, à peu près tout ce que je pense et que j’essayais de dire juste avant.
J’ai quand même essayé de trouver la logique derrière le mois de Janvier, la pluie, tout ça.. Ne pas jeter la pierre avant d’avoir vendu la peau de l’ours.
On est dans une période succédant à Noël et précédant les vacances au ski de Février, un peu avant le printemps et ses conventions (en France et à l’etranger), l’été et ses festivals de musique, ses vacances dans des endroits bien plus jolis et acceuillants que la ville d’Angoulême.. Bon. Disons qu’ils l’ont placé là pour être sur d’avoir un maximum de visiteurs.. MAIS BORDEL, 17€48 SOUS LA PLUIE DANS UN BOUILLON DE BACTÉRIES GAMIN. C’EST NON.

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Akira

 

Passons, j’ai quand même vu des auteurs dire qu’ils aimaient tellement la BD qu’ils s’étaient installés dans la province angoumoisine pour être au plus près du festival et en profiter à fond. (le reportage datait-il de 1992 ?)
C’est vrai qu’on ne peut pas souvent se targuer d’avoir le (MAGNIFIQUE) buste d’Hergé dans sa ville.. Il pèse, gégé.

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Nine Antico

 

Du coup là-bas, avec les copains on a fait un peu toutes les expos, j’ai gagné une BD grâce au prix Polar sur Twitter  :  La Grande Odalisque 1- Olympia par Bastien Vivès (<3) Ruppert & Mulot chez Dupuis. Je me suis acheté un tote bag Nine Antico chez l’Association (avec des femmes à poil, oui.) et l’affiche maxi size du festival (vendue sur les stands du festival sans protection contre la pluie, hein, évidemment.)

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En rentrant je n’ai pas réussi à resister longtemps, j’ai acheté The Descender de Jeff Lemire (10 balles chez Pulps) et un Océan d’amour de Lupano & Panaccione qui me faisait de l’oeil depuis un moment (et qui était au même prix chez la fnac que sur le festival. Aucun intérêt donc à le porter sous la pluie pendant des heures.)

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The Descender

 

 

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Un Océan d’amour

 

J’ai vu que les copains se sont acheté des Deadpool entre autre, et ont fait la queue pour obtenir un autographe de Dìaz (Blacksad), mais il fallait s’y attendre, business business, sans avoir acheté une BD chez l’editeur sur place, on n’obtient pas d’autographe. (et encore moins si c’est une BD Urban et qu’on est chez Soleil.) Ça paraît logique, quand on sait que les artistes sont invités, non pas par le festival, mais par les editeurs eux-mêmes.
Mais quand on est un simple visiteur, des étoiles plein les yeux, et qu’on ne réfléchit pas tout en terme de business comme ce monde verreux, on se pointe devant le monsieur, on lui tend naïvement sa BD et lui-même, qui pourtant est derrière le bouquin, se voit obligé de te refuser la signature et le headsketch. Pas simple je pense, ni pour l’auteur ni pour le lecteur et vraiment décevant. MAIS BON. Point trop n’en faut pour le festival d’Angoulême.

J’ai quand même pu voir Didier Crisse dessiner, Ruppert & Mulot aussi. Des vieilles planches originales de Frazetta, aussi <3.

 

À mon grand regret, j’ai raté Riad Sattouff et Jeff Lemire, mais j’ai fait l’expo Akira où j’ai pu voir des illustrations de Kim Jumg Ji par exemple.

 

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Kim Jung Ji

 

Je râlerai quand même sur les légendes des expos qui ne comprennent que le nom, à peine, de l’auteur du dessin et un simple « lavis » ou autre, pour décrire les techniques de dessin. T’es bien emmerdé quand tu ne sais pas ce que c’est qu’un lavis, crois-moi. Heureusement, j’avais mon super pote Inspecteur Gadget avec moi, qui m’a tout expliqué.
L’expo comprenait aussi pas mal de gens, réfugiés de la tempête qui se tramait dehors (so much for la grosse agoraphobie)

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Akira

 

Finalement, bien fatigués on a bu une bière dans un bar, ça c’était plutôt cool, où on était autant de lecteurs que d’auteurs réunis et liés dans l’amour de la binouse (et on n’était pas fouillés youpi). Même les dessous de verre sont des personnages de BD là-bas  !
Et puis on a pris le train, avec une heure de retard, mais on est rentrés.

Pendant ce temps, les Fauves d’Or étaient décernés. Enfin, les faux fauves. Une blague de Franck Bondoux qui a fait couler des larmes de joie, et de chagrin.
En effet, lors de son discours de remise de prix, Bondoux a cru bon et drôle de distribuer des prix qu’il a finalement retiré quelques minutes plus tard pour decerner les VRAIS PRIX.
Il a heurté plusieurs personnes et plusieurs maisons d’édition, sans parler de tous les membres du monde de la BD qu’il aura pu offenser en France et à l’International.. J’ai pu surprendre quelques tweets par ci par là (Tula Tolay par exemple.. Qui est juste l’organisatrice du festival Thought Bubbles de Leeds et une auteur et dessinatrice plus que talentueuse)

Bien sûr, tout ça n’est pas pour redorer le blason du festival. Une avalanche d’erreurs impardonnables (malgré les excuses publiques de Bondoux, hein), un palmarès sans failles si le but est de tomber dans les profondeurs abyssales du mauvais goût et de la stupidité. 9ème Art + devrait voir à redorer un peu l’image qu’il renvoie du festival et oublier un peu les  $  qui se trouvent derrière.

Quelques questions restent sans réponses, comme « quelle est la marge des éditeurs sur une vente en magasin Fnac » par exemple. Mais aussi, est ce que vous y étiez, ou y êtes-vous déjà allés  ?  Qu’en avez vous pensé ? Je veux tout savoir moi. Bittersweet kisses.

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Un Océan d’amour
Publié dans Comicbook

The Motherless Oven, ou… WTF AM I READIIING?

Avant toute chose, petit édito. Voilà, j’avais prévu de chroniquer à un rythme assez soutenu les BD que je lisais, d’une part pour partager mes lectures avec vous, mes petits ewoks. D’autre part parce que mon rêve ultime (le mot est fort) serait qu’un jour mon métier soit d’être éditeur de BD, ou au moins faire partie d’un collège de lecture.

Pour cela, il faut que j’apprenne à développer mon avis, mon odorat, ma culture, et partager des opinions. Si ça vous dit, vous pouvez m’aider à forger tout cela en commentant, positivement ou négativement évidemment. Partager ce que vous avez pensé de la BD si vous l’avez lue ou simplement me dire si la chronique vous a donné envie de le lire, si vous avez d’autres choses à faire remarquer, des BD à faire découvrir. Tout est bon à prendre et ça m’aiderait beaucoup.

Pour le rythme assez soutenu, je dois dire que c’est un peu loupé. J’ai un peu de mal à me concentrer ces temps-ci. Je lis des millions de trucs sans parvenir à les terminer, et puis en ces périodes de Noël, je passe beaucoup de temps au job et une fois à la maison, place à la bave.

Ceci étant dit, merci beaucoup pour les relais twitter les copains, et surtout de m’accorder du temps, en d’autres termes… BORDEL, Quand je rentre sur la piiiiiiiste…

Ou sinon, The Motherless Oven, c’est quoi ?

C'est pas bien de juger un livre à sa couverture
C’est pas bien de juger un livre à sa couverture

Difficile d’établir un plan pour celui-ci, j’ai juste envie de laisser le flow de pensées qui irrigue mon esprit prendre forme sur le papier (huhu) et de vous dire en quelques points comment c’est carrément de la bebom biatch.

Premièrement, dans le monde de Scarper Lee.. Il pleut des couteaux. Votre mère est un sèche-cheveux en bakélite.Des lions surveillent la cour de l’école et il n’éxiste pas de date de naissance, seulement des dates de mort.. programmée.

Lorsqu’on pénètre dans l’histoire, on suit la vie banale et routinière de ce garçon, dont la date de décès est prévue dans quelques semaines et qui voit son quotidien confortable chamboulé par l’arrivée d’une nouvelle élève à l’école, Vera Pyke. Oh non, rien à voir avec une histoire d’amour, et rien à voir non plus avec toute l’histoire. Mais c’est bien tout ce que je peux vous dire sans risquer de dévoiler toute l’intrigue.

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J’ai eu du mal à lire l’histoire. Je ne saurais pas dire si c’est la fatigue qui m’a empêchée de me concentrer, ou bien si c’est que je n’ai pas réussi à accrocher à la narration. J’ai passé beaucoup de temps à le lire étonnamment, m’y suis prise à plusieurs reprises pour être sûre de ne rien louper et de tout comprendre. C’est un monde bien étrange que celui de Scarper Lee. J’ai même cherché des résumés de l’histoire, au beau milieu de la lecture tant j’étais perdue dans les horloges donneuses de météo, les courses de parents, les Dieux de cuisines qui parlent et l’histoire elle-même. Impossible de trouver de réel résumé de l’histoire sur les sites qui en parlent, seul un commentaire m’a bien fait rire:  « Quand j’ai terminé le livre, j’ai pensé.. Qu’est ce que je viens de lire putain ?! Je pense que je l’ai beaucoup aimé, mais je pense que j’ai peut-être aussi perdu la tête. Comment vais-je pouvoir décrire ça? C’est comme si j’avais pris de l’acide. »

Et c’est exactement ce que je ressens actuellement. Mais finalement voilà, non ce n’est pas une mauvaise critique que je donnerai à cette BD, au contraire elle sera excellente, car elle m’a agréablement surprise.

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Réalisée et publiée en 2014 par Rob Davis (Don Quixote) The Motherless Oven sera publié chez SelfMadeHero (en VO) et j’avoue ne pas avoir trouvé de version française.. encore ?

Cette BD m’a personnellement beaucoup plu aussi bien graphiquement que pour la mécanique de l’esprit qu’elle actionne. Dans ce monde si particulier ou les choses prennent une importance différente, on en vient quand même à se demander, comment choisiriez-vous de passer les 12 jours qu’il vous reste à vivre ?!

Scarper Lee n’y avait pas vraiment pensé non plus. Nous voilà alors plongé au milieu des horloges météorologiques qui nous préviennent des « knife o’clock », c’est à dire des pluies de couteaux fatales à tous ceux qui ne se seront pas mis à l’abris, qui s’abattent sur la ville, à essayer de trouver un sens à ce qui nous entoure, et une bien belle escapade chassés par la police.. aka des vieux fous.

Graphiquement, c’est un monde sombre et surréel qui s’ouvre à nous. Entièrement encré en noir et blanc, il est dessiné dans un style particulier à Rob Davis que je pourrais, peut-être, de très loin, rapprocher.. en plissant un peu les yeux, sous quelques aspects, de celui de Jamie Hewlett (Tank Girl mais aussi et surtout Gorillaz) un style que je trouve personnellement très anglais dans sa manière d »être. De plus, les dialogues shiny que j’aime tant, à l’anglaise m’ont permis de lire tout ça avec ce petit accent anglais de l’amour, donc (oui, ça va) pour moi c’est un plus. J’ajouterai même que l’on peut lire le flegme ainsi que la non-chalence anglaise dans leur démarche. J’aime.

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Et puis tout au long de leur péripéties, on apprend à se méfier de Véra Pyke, on ne sait pas trop qui elle est, et la fin donne tout son sens à la totalité du livre. Moi qui avais tant de mal à lire le début, je suis restée là à fixer la dernière page, comme un cliffhanger. J’en voulais plus. J’en voulais tellement plus. La fin rend à l’histoire toute la qualité des pages précédentes. On a l’impression que tout se traîne au début quand finalement, ajoutée aux précédents éléments, la fin ajoute une clarté et à la fois un mystère, tout un univers tourbillonnant qui fait qu’on se dit « Damn, wtf did I just read?! j’ai l’impression d’avoir pris de l’acide mais c’était génial. » Bienvenue dans le monde de Scarper Lee.

Ce comics à cette fibre magique qu’ont les bons films, qui font qu’on a l’irrémédiable envie de revoir la totalité de l’histoire pour comprendre tous les sens cachés et toute la magie qu’on n’aurait su apprécier au premier abord, sans avoir tous les éléments. C’est une BD qui nous fait aimer la vie finalement, qui nous pousse à voir autour de nous ce qu’on n’a plus l’habitude de voir et qui est si merveilleux. Une BD qui nous pousse à vouloir vivre.

Pour conclure je dirais simplement que, si la pluie de couteaux les histoires étranges et les intrigues vous plaisent, vous devriez totalement lire ce comic book. Je vous le recommande à 100%. And the she kissed me.